dimanche 9 décembre 2012

La vie d'une autre

Douze mai 1988, Marie a vingt-cinq ans et rencontre Pablo lors d'une fête organisée en son honneur. Soirée dansante, inoubliable, nuit d'amour, étincelante. A son réveil, elle retrouve bien Pablo, mais ne reconnaît plus le décors de sa chambre et se retrouve bientôt entourée de deux jeunes enfants... Les siens! Nous sommes le douze mai 2000. Douze années se sont écoulées, dont elle n'a aucun souvenir. Mais plutôt que de crier à l'aide, Marie garde le silence et décide d'enquêter sur sa vie d'hier et d'aujourd'hui. Pourquoi avoir voulu inconsciemment rayer tout un pan de vie de sa mémoire? Que pourrait-il s'agir d'autre qu'une stratégie de fuite?... Y-aurait-il quelques effets salvateurs à cette amnésie?...

Un regard neuf


Ne plus rien savoir de sa vie ni de ceux qui la partagent oblige Marie à se fier à son intuition. « Je suis capable de me rendre compte, en un simple coup de fil, si les gens sont proches ou lointains, bienveillants ou envieux? C'est quelque chose d'un autre ordre que le côté sympathique, c'est une expérience unique. Ne rien savoir de ceux qui m'appellent, alors qu'eux ont l'air de fort bien me connaître, me donne un atout formidable. Je peux mesurer leur degré d'authenticité sans la moindre hésitation. »

Marie écoute, pour la première fois de sa vie. Elle observe attentivement pour découvrir ce qui lui manque. Ses enfants la surprennent et la guident dans cette recherche d'identité : «Youri et Lola avec respectivement huit et quatre ans de souvenirs sont en contact avec un certain « moi » qui ne semble pas fait de l'accumulation que nous connaissons une fois adultes. Ils ont accès à une autre dimension, plongent dans l'eau profonde de leur être qui diffère de notre notion illusoire d'un « je » de surface. Ils ne sont pas englués dans le macramé des années empilées, un ensemble de concepts, d'idées ou de désirs sur lesquels nous nous construisons.»

Elle voit dans son couple ce que l'on ne voit plus après quelques années de mariage. Toujours vibrante de passion pour Pablo, elle s'interroge sur cet amour: « Est-ce le souvenir de ce que nous fûmes, ou la possibilité de ce que nous serons? »

Puis elle redécouvre celle qui a sombré dans l'apitoiement de soi avant de s'oublier dans l'amnésie: «La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute; le doute est le commencement du désespoir; le désespoir est le commencement arrêté des différents degrés de méchanceté.»

La méchanceté peut-elle être effacée? Peut-on s'affranchir de l'esclavage de ses rancoeurs? «Je ne sais pas pourquoi ni comment elle est venue en moi, mais je regarde cette harpie avec horreur et je me demande comment inverser la vapeur. Je ne suis pas une victime et ne veux pas l'être. Et pour ça, j'accepte de me quitter.»

Oublier pour vivre l'instant présent...

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