dimanche 21 septembre 2014

Ce qui nous lie



Ce qui nous lie, ces fils invisibles qui tissent une toile entre les êtres, ce réseau de liens ténus ou épais qui varient selon l'attente ou le désir de chacun, ces implications affectives que l'on ressent, devine ou pressent au plus profond de soi, Alice, elle, les voit : des fils qui partent du plexus solaire de la personne, comme de la lumière pure.

Un don qui représente un atout considérable pour démêler le vrai du faux dans la parade des rôles emprunts par tout un chacun et dont elle décide d'abord de se servir d'une manière audacieuse, telle une Valkyrie lancée en quête d'authenticité dans le Royaume des sentiments amoureux. Un vaste océan dont les vagues parfois fracassantes l'ont déjà faite échouer dans le passé.

Raphaël, son nouveau patron, est la seule personne qui échappe à son radar. Une singularité qui l'intrigue. Le mystère plane autour de cet être indéchiffrable, un mystère auquel elle va rapidement se retrouver liée, elle aussi...

L'écriture de Samantha Bailly, élégante, mesurée, fluide apporte une incroyable fraîcheur sur le thème banal des relations amoureuses. La qualité des mots prime sur la quantité, traduisant avec sobriété, et du coup avec une grande efficacité, une conscience vive et accrue des relations humaines, de la vie, de ses enjeux et de son jeu, entre ombre et lumière, blessure et cicatrisation. Un remarquable récit plein de maturité, qui dénoue autant de liens pour le lecteur qu'il n'en tisse, l'invitant à retrouver avant tout , à la manière de l'héroïne, la connexion à soi-même : « J'ai besoin d'être seule, je crois. De ne pas vivre avec quelqu'un pour être avec quelqu'un. De m'affranchir de la dépendance affective. Certains ont besoin d'être à deux pour former un tout. Mais il faudrait déjà que je forme un tout pour moi-même. » (p. 151)