jeudi 18 septembre 2014

La vallée des masques


Une communauté indienne, recluse dans une vallée, protégée de « l'outre-monde » ravagé par l'espèce humaine, prône la pureté via le dépassement de soi.

L'un d'entre eux raconte son ascension au sein de la hiérarchie établie : "Pour devenir un Eclaireur, je devais acquérir l'esprit d'un moine. Pour devenir un Wafadar, il me faudrait devenir un modèle sur le fond comme sur la forme, atteindre la perfection simultanée des deux plans de l'esprit et du corps, une union fluide de leur mouvement semblable à celle de la chair et des os de l'être vivant." p.75

Ses qualités lui feront gravir les échelons, mais son discernement l'éveillera peu à peu à découvrir un tout autre secret : "Ce qui devrait faire peur aux hommes, par-dessus tout, c'est la quête de la perfection." p.431
Une écriture de toute beauté, poétique, sensuelle, mais aussi cinglante, qui met à vif les torpeurs du genre humain à travers sa fourberie, son errance dans la sentimentalité, son manque de discernement et de détermination.

Un chef d'oeuvre au récit fascinant et à la réflexion philosophique puissante.

Extrait
 
« On nous avait appris que dans l'outre-monde les dirigeants possédaient une science très élaborée de la peur grâce à laquelle ils maintenaient les hommes dans la servitude. Aum relatait que dans son adolescence, de passage dans la ville antique des départs pour l'au-delà établie sur les rives du grand fleuve sacré, tout le monde lui avait dit qu'il devait distribuer nourriture et vêtements aux prêtres afin de s'attirer un bon karma. Quand il avait demandé qui en avait décidé ainsi, on lui avait répondu que c'était les prêtres en personne.
Aum disait qu'il avait quitté, le cœur meurtri, la ville où le divin coulait de source, convaincu à jamais que les hommes utilisait la peur pour faire du sacré un commerce à leur avantage. Ils se servaient des leviers du pouvoir, de l'argent et de la divinité pour instiller le démon de la peur dans le cœur des autres. Bien des exemples montraient que l'émotion universelle dominante n'était ni l'amour, ni la haine, ni l'avidité, mais bien plutôt la peur. Et pourtant, ajoutait l'être sans égal, la peur n'était rien. Ce n'était pas une ligne tracée sur le sol, seulement dans la tête de l'homme. Tout ce qu'il avait à faire, c'était de franchir cette ligne pour être délivré à jamais des terreurs sans objet que les hommes inventaient à l'intention de leur semblables. » p.138